Exposition Bob Verschueren

Artiste autodidacte, Bob Verschueren débute sa carrière en faisant de la peinture à l'huile. Dès ses premières œuvres, son sujet de prédilection est la nature et les arbres. Quelques années plus tard, il abandonne ce medium pour faire ses premiers « wind paintings » et « light paintings ». Avec le geste du semeur, il répand au vent des pigments naturels qui viennent colorer le paysage. Le hasard et les contraintes imposées par la nature sont une dimension importante de son œuvre. Ses installations étant éphémères, il en garde une trace grâce à la photographie. Dans les années 1980, il décide de se consacrer exclusivement aux matériaux naturels pour réaliser ses œuvres. Il se laisse surprendre par le végétal qui ne peut être maitrisé et impose ses propres contraintes. Toutes ses installations sont réalisées avec peu de moyens et in situ, en fonction du lieu de l'exposition. L'architecture du lieu, le matériau de l'œuvre et la nature doivent pourvoir constituer un ensemble harmonieux.

Cornette de Saint-Cyr : L'homme est complètement dépendant de la nature, tout part de là, mais il a tendance à la détruire. Votre œuvre serait-elle en quelque sorte une façon de lui rendre hommage ?

Bob Verschueren : La question de la nature est difficile à cerner. Si l'idée de « nature » est une sorte de concept philosophique qui exclut l'homme de cet ensemble, alors elle me semble incongrue. Je précise volontiers que, si nous disons habituellement que l'homme détruit la nature, que celle-ci est en danger, il faudrait plutôt dire que l'homme se menace lui-même de disparition. Une espèce d'histoire de fou où l'assassin est aussi la victime ! C'est peut-être bien pour clarifier en moi ce rapport avec la nature que mon travail s'est centré sur le végétal, une part importante du vivant. L' « art » est souvent opposé à la « nature ». Travailler avec des éléments végétaux sans les transformer radicalement pour en faire des installations éphémères, c'est bousculer les traditions qui veulent que l'art doit être un « artefact », se distancier de ce qui est naturel et de plus viser la pérennité.
Mon travail est-il un hommage à ce qui est catalogué comme « nature » ? Je ne crois pas car je souhaite avoir un regard juste sur celle-ci et surtout ne pas faire d'angélisme. La « nature » n'est pas faite que de belles choses, les virus en font aussi partie … et puis l'animal homme n'est pas toujours très fréquentable ! Les événements récents l'ont encore prouvé. Si mon travail contribue ne fût-ce qu'un tout petit peu à remettre en cause notre façon de concevoir l'avenir, notre façon de vivre, j'aurai fait quelque chose de ma vie.

CdSC : Quelle est la signification du caractère éphémère de vos œuvres ? Est-ce une réflexion sur le passage du temps, sur la vie ?

BV : Je suis persuadé qu'un regard sur une œuvre éphémère est différent de celui qu'on porte sur une œuvre pérenne. Il y a une sorte d'urgence. On ne pourra pas revenir bien plus tard pour l'apprécier. Proposer une installation faite avec des éléments organiques, fragiles ou d'un assemblage fragile, nous renvoie à nous-mêmes, à notre propre fragilité, nous offre une métaphore de notre propre existence, nous rappelle que nous sommes des voyageurs du temps présent qui est notre bien le plus précieux.
Mon chemin artistique est aussi pour moi un chemin philosophique, un chemin qui m'aide à prendre conscience que chaque moment de la vie est unique, à ne pas gâcher. Il m'aide aussi à savoir quelle place et quelles responsabilités nous avons vis-à-vis de notre environnement, des autres. Enfin, il m'aide à comprendre que la mort, si redoutée, est le moteur de notre existence. En effet, sans cette échéance inéluctable, il y aurait toutes les raisons de ne rien faire, puisque tout pourrait être reporté indéfiniment. Le goût de vivre lui-même n'existerait pas. En quelque sorte, les travaux éphémères sont une apologie du temps présent. Le désir de pérennité me semble absurde. Pour moi, la vie éternelle est bien plus une menace qu'une promesse.

CdSC : Comment entreprenez-vous chaque installation ? La concevez-vous en fonction du lieu d'exposition ? Vous imaginez un scénario, une histoire ?

BV : Pour la grande majorité de mes installations, le lieu d'exposition influence beaucoup la conception du travail. Non seulement sa configuration mais aussi, lorsque cela s'impose, son histoire. Par exemple à Arte Sella, dans les Dolomites, j'avais réalisé une installation dans ce qui reste d'une tranchée de la guerre. Ce travail symbolisait l'alliance après le chaos, par une arche qui enjambait le fossé. 
Un des fondements de mon travail est de chercher une sorte de fusion avec l'espace investi. Cela donne un caractère événementiel au travail, je crois que cela incite à mieux le regarder, puisqu'il n'a qu'une courte vie.
Le choix du végétal est aussi habituellement lié à l'environnement immédiat. C'est non seulement par souci écologique, mais aussi parce que cela a plus de sens de confronter une matière et un lieu ayant un ancrage identique.
Vous me demandez si j'imagine un scénario. C'est exact. Imaginer comment un visiteur va aborder le travail, va tourner autour est essentiel. Une installation étant proche d'une sculpture, elle doit être pensée dans sa tridimensionnalité et doit inciter ceux qui l'approchent à l'aborder sous différents angles. Aussi, pour en garder la mémoire sans la réduire à un seul angle de vue, il est parfois important d'en prendre plusieurs photos.
Une installation à réaliser est la promesse d'une aventure chaque fois différente. Toutes nécessitent une petite stratégie à mettre en place, un défi à relever. Il est facile d'imaginer quelque chose et d'en faire un croquis, mais une fois que le chantier est en route, l'inattendu peut surgir. Chaque végétal a ses lois propres - sa flexibilité, sa résistance au poids, etc. - il est vain de vouloir les ignorer, c'est finalement lui qui dira si le projet lui convient ou pas. Là, ce n'est pas une histoire que j'imagine, mais une histoire que je vis intensément.



CdSC : Pouvez-vous nous parler de cette exposition ? Comment l'avez-vous conçue ? De façon thématique, chronologique, comme une rétrospective ? Pouvez-vous nous parler plus en détail d'une œuvre en particulier ?

BV : Cette exposition, je l'ai conçue comme un panorama de mes différentes créations. Mon travail est essentiellement articulé autour de la notion d'urgence, du temps qui s'écoule inéluctablement. C'est ce sentiment d'urgence qui me pousse à explorer toutes les voies qui s'ouvrent au fur et à mesure de ma démarche.
Le chemin ramifié que j'ai pris a commencé par les « Wind Paintings ». De là m'est venu l'envie de réaliser des « Installations végétales » à l'intérieur de lieux d'exposition, de mettre en somme l'extérieur à l'intérieur. Un jour, en disposant des branches sur un sol en béton, j'ai entendu des grappes de sons qui m'ont engagé à faire des compositions sonores reprises sous le titre « Catalogue de plantes ». Une autre fois, lors d'un séjour dans un centre d'art où dormait une presse à eau forte, j'ai débuté la longue série des « Phytogravures » (néologisme par lequel je les ai nommées immédiatement). La photographie ayant d'emblée été nécessaire dans mon travail, j'ai également voulu savoir ce que je pourrais faire qui soit uniquement de la photographie. La réponse est venue avec la série « L'esprit du végétal », mais finalement c'est presque devenu de la peinture. Un jour, on m'a proposé une carte blanche de douze pages dans un livre sur les jardins. Cela a été le début des « Miniatures végétales ». À Chaumont-sur-Loire, je devais attendre la venue d'une grue pour continuer mon travail d'installation, j'en ai profité pour faire des Frottages en cherchant de quelle façon je pouvais en faire une approche personnelle.
Chaque moment creux peut devenir une opportunité pour tenter une nouvelle voie ou même reprendre un chemin que je croyais totalement exploré, comme c'est le cas pour les Wind Paintings que j'ai récemment remis en chantier.
Tous ces travaux sont fort différents, mais résultent d'une même envie d'utiliser le végétal, finalement si proche de nous, comme métaphore de notre existence, de le révéler, de le redécouvrir et par là même de mieux percevoir l'incroyable phénomène qu'est la vie.
L'œuvre à propos de laquelle j'aimerais vous entretenir est très petite, elle fait 20 x 20 centimètres. Elle est constituée d'une plaque de bois que j'ai perforée de centaines de trous minuscules, pour y sertir des feuilles d'olivier, dans un ordonnancement géométrique. Les diagonales de ce carré deviennent visibles par l'orientation que j'ai donnée aux feuilles. Ce travail est extrêmement fragile et c'est toute la fragilité de la vie qui, je crois, est transmise à travers ce petit objet.
 

Cornette de Saint Cyr Bruxelles sera fermé du 22 décembre au 5 janvier
Nous vous souhaitons de bonnes fêtes de fin d'année.
Au plaisir de vous revoir